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lolz

 
 

Tentatives, deux

31 janvier 2008 19:33
 
 

On ne devrait jamais attendre d'avoir réellement quelque chose de particulier à dire pour écrire. Ca donnerait quelque chose de probablement plus naturel, moins descriptif et formel. Prenons ça sur le ton de la conversation, par exemple. Ça ne te dérange pas ? On se tutoie, ça rend les choses plus simple, même si on se croirait dans un mauvais roman de gare - et je m'y connais, je lis beaucoup en ce moment, et je prend souvent le train. J'adore le train, en fait, et j'adore voyager, même si c'est souvent aux mêmes endroits. En fait j'adore fuir mes responsabilités, je trouve ça grisant. Je dirais que j'ai presque envie de les cumuler pour me bâtir un solide alibi, un prétexte pour partir en voyage et dire "voilà ce que je fais en vrai, quand je rentre". Alors qu'en fait, ce que je fais en vrai, c'est le voyage, ce sont les gens, le drama, comme l'autre jour. Profession : connard romantique littéraire sentimental loser musicien politisé. En fait non, plus simple, résumons, profession : cheveux longs. Je crois que rien que ça, ça nous fais un bon prétexte pour me les raser. T'as une tondeuse chez toi ? Tant pis, je demanderai à Seb, ça fait plusieurs années maintenant qu'il rêve de me le faire.

Tu sais quoi, en ce moment je me paye un de ces revival... La vie est faite de vagues. Note ça pour un quatrième de couverture, ça ferait un bon Marc Lévy. Non sérieux, la vie est complètement périodique. Il y a eu ce moment où je sortais avec truc, ce moment ou je pleurais ma race parce que c'était fini, ce moment ou je me tapais n'importe qui, suivi du moment ou je voulais plus rien, puis celui où je réclamais l'impossible, puis là, je sais pas, ça vient de changer. Du grand n'importe quoi, ça ne rime à rien. On ère crétins gonflés de bonnes résolutions, de visions ponctuelles qui nous semblent tellement pertinentes, on croit comprendre la leçon, puis le lendemain on change totalement d'avis pour, si on y regarde bien, retomber plus ou moins sur ses pattes d'il y a quelques mois, un peu de bouteille en plus. Appelons ça la valeur dramatique ajoutée.

On est jamais vraiment débarrassé de soi-même, on peut prendre toutes les bonnes résolutions du monde, on en revient toujours à son essence. Je sais c'est goth à dire. En gros, "chassez le naturel, il reviendra au galop". Ca me fait penser à ce que répondait je-sais-plus-qui à Sartre et son "l'existence précède l'essence". Il disait "En gros il vient de comprendre que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, quoi". Les dictons, c'est pratique, le temps a filtré les moins généralement vrais. Pour chaque situation il doit en exister un, en fait. Deux même, totalement contradictoires, on dirait qu'ils sont juste là pour appuyer ce que tu penses, quand ta conscience t'en tend un et te cache l'autre juste pour que tu te décides à bouger comme tu l'entends.

Ok, j'en reviens à mon cheval. Comment il faut le prendre ce dicton de merde ? On dirait que quoiqu'on fasse, en gros, on restera toujours le même. Ça veut dire quoi ? Un mec plutôt du genre à chasser le naturel, qu'est-ce qui va lui revenir au galop ? La spirale infernale. Bah bienvenue chez moi. Tu as dû le remarquer, je suis de genre à me prendre la tête sur rien (le vide quoi), c'est mon naturel. Quand je le chasse, ça revient comme une obsession. Autant dérouler le fil jusqu'au bout. Et prendre le suivant. Quitte à tourner un peu en rond parfois. Ça donne, pour du concret, mes dramas sentimentaux, mes insomnies sur l'absurde, un déterminisme un peu noir.

Je veux pas rentrer dans les détails, mais je veux juste dire que, pour moi, quand quelque chose se produit, c'est que ça devait se produire. Autre chose n'était pas possible. L'imaginer est toujours utile et rigolo, mais cette chose qui s'est produite est la conséquence d'une infinité de causes complexes et inintelligibles, dont on cache parfois son ignorance sous le nom de "hasard" ou "probabilité" (ce qui n'est donc qu'un aveu d'impuissance). Rien que le fait que j'imagine ça, c'était déterminé (et donc, dans l'absolu, prévisible). Tout est nécessaire. Pour autant, la manière dont les choses se passent ne tend pas vers une signification précise (chions ensemble sur Hegel et Marx, veux-tu ?), c'est juste un résultat. Pas d'inversion de cause à effet, pas de téléologie, on explique pas ce qui vient de se produire par ce à quoi ça tend au final. Sinon, les arbres vivraient parce qu'ils meurent, les objets seraient debout parce qu'ils vont tomber, et tu serais en train de vivre parce que tu me lis. Avoue que ça serait chiant, hein, de se dire que tu as vécu pour me lire ? Bon. Tout ça fait que je n'aime pas beaucoup la sociologie et le communisme (entre autres).


Dans tout ce déterminisme je me fais défenseur de ce à quoi je tiens le plus au monde : ma liberté. C'est con, hein ? Les oeillères, c'est très utile. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui, tu ne vas pas te suicider après avoir séché ton cours (étudier, en soi, c'est absurde), fumé un joint (se droguer, en soi, c'est absurde), être rentré chez toi les yeux écarquillés (marcher jusqu'à chez soi, c'est totalement absurde), puis en les faisant cligner (avoir les yeux écarquillés c'est absurde, mais les fermer aussi), pour t'écrouler sur ton lit en regardant le plafond (ah, plafond absurde, tant de mains ont absurdément travaillé pour que je me retrouve là, absurde, à te regarder !). Bref, les oeillères, c'est ce qui t'empêche de finir ta vie comme dans Fight Club (mais sans adolescents pour t'aduler).


La liberté, donc. Ça serait défini négativement comme une situation dans laquelle tu ne subis que le strict minimum de déterminisme autre que le tien. Évident, dit comme ça. Mais à y regarder plus près, même dans cette situation (quasi utopique à obtenir - j'ai dit quasi, les étatistes, quasi), on reste putainement enfermé dans son propre soi, en fait. Quand bien même je déciderais de m'en remettre aux dés pour ma décision à venir, j'aurais choisi de le faire, en pensant avec mon cerveau, qui répond à des impulsion que je ne contrôle pas. Casse-couille, hein ? D'où les oeillères.


C'est important, je te dis, sinon, sans oeillères, on prend le "Grand Raccourci", c'est-à-dire la Mort. SO  NOT  HYPE !. Imagine le désarroi de ces personnes qui te tiennent à coeur, lorsqu'il trouveront tes petits morceaux de cervelle éparpillés sur la guitare que tu tenais tant à nettoyer régulièrement, une lettre d'adieu de cinq cents pages déposée en évidence sur un bureau et recouverte de cellophane pour éviter qu'elle ne soit illisible tachée, et enfin des post-it avec leurs noms sur chacun de tes objets de valeur pour faciliter les legs. La minutie de l'opération ne requiert qu'un minimum de préparation matérielle, un simple passage au Champion local et le tour est joué. Mais imaginer le coeur de ta môman qui t'as élevée toute seule et pour qui tu es tout, plus tes  amis, là, ça devient totalement inenvisageable. Je dis ça et je respecte beaucoup les gens qui se suicident, c'est un vrai choix d'avenir. Je m'explique, c'est un peu comme avant d'avoir ton Bac, quand on te dit qu'il te faut cette lourde clef pour ouvrir cette grande porte derrière laquelle il y a lave near, le Mônde, et Dieu sait foutre quoi dont tu ne connais rien vu que tout ce que tu sais faire, c'est aller là où tu étais obligé de t'inscrire et faire ce qu'on te disait de faire. Pour la première fois tu dois te démener, pour te retrouver on ne sait où, à faire on ne sait quoi, un quoi que tu dois déterminer toi-même dans un panel mystérieux de choix dont ignores non seulement le nombre d'option mais aussi la portée totale. Pas cool, mister branlos. Ben le suicide, c'est un peu pareil, tu sais pas trop ce qu'il t'attend derrière. Une seule quasi-certitude, tu seras relevé de ton absurdité. Je parle en tant qu'Athée. Oui c'est aussi simple que ça, désolé, pas de grande théorie, je fais dans le simple.

Ok je sens que tu as décroché. My mistake, pardon, j'oubliais le grand tabou international sur la question du grand raccourci, on se fait auto-passer pour un crétin prépubère dès qu'on aborde la question. C'est soit ça ou on déclenche l'inquiétude de ses proches, une belle hypocrisie en somme. Qui ne l'a jamais envisagé, juste "comme ça", hein ? La seule différence entre un dépressif et un dépressif suicidaire, c'est que le premier est toujours vivant et l'autre déjà mort. Je ne pense pas qu'il y ait réèllement d'état intermédiaire où le dépressif suicidaire n'a pas encore pu concrétiser son acte, ou alors disons que ça se compte en millisecondes. Jusqu'au dernier moment, tout résigné que tu es, tu dois te laisser une porte ouverte pour faire demi-tour, j'imagine. Le frémissement des rails, le métal froid de ton arme à feu, les légers frottements de ta corde ou de ta cravate, tu dois sacrément flipper et te dire, à un moment ou à un autre "ok, lol". Version SMS, la pensée libérée de toute forme de contrition civilisée. Juste toi face à toi même, pas besoin d'artifice, d'ici quelques secondes ou tu auras reculé et ça n'aura plus de sens, ou tu l'auras fait et, à vrai dire, ces pensées n'auront étées connues que de toi donc on s'en fout.


Ok tu sais quoi, je ferme ma gueule et je vais reprendre un muffin chocolat, puis on en reparle. Ah putain non, il y a une queue monstre, c'est atroce, je sais pas comment tu fais pour bosser aux Halles, ça me donne la nausée, le vertige. Je te jure, j'ai des palpitations quand je vois autant de monde, j'ai peur, je reviens presque à l'époque où j'avais peur de commander une baguette ou de parler au serveur, de descendre l'escalator ou de faire du vélo. C'est la folie, autant de monde. Pour chaque type que tu croises dans une ville de province avec son style cliché modulé à sa façon, t'en as cinq copiés collés à la suite à Châtelet-les-Halles. Je pige pas, j'ai l'impression qu'ils se sont jeté un sort pour tromper l'ennemi, qu'au centre de chaque groupe il y a juste un type qui cherchait à être plusieurs pour sortir. Tu me diras, il y a peut-être du vrai, mais honnêtement ça fait flipper. La concentration de dindes est écrasante, en plus. Je suis totalement hypnotisé tantôt par les protubérances mammaires à la vulgarité insolente, et tantôt par les fessiers graisseux qui ondulent comme s'ils voulaient défier la gravité (sans succès). Pardonne ma trivialité, mais si elles s'y prennent comme ça pour qu'on leur pète le cul, avec moi c'est pas gagné (quoique, je reste humain, célibataire, connard, et sentimental). Ouais non, regarde, là-bas, ça c'est une fille super mignonne. Les yeux verts, un côté sérieux, un air préoccupé pour oublier qu'elle est totalement entourée d'une centaine de personne au moins dont une dizaine qui la matte, et à la main le portable puis le sac pour s'occuper. Un geste rapide, elle se caresse les cheveux, un regard aux alentours et - merde, flag. Ok, regardons nos chocolats au lait deux secondes et hop - je la rematte un coup en espérant qu'elle le remarque encore. C'est con comme technique hein ? Mais comme ça elle sait qu'elle a un ticket. Enfin, j'ai jamais vraiment abordé quiconque sans au moins deux verres dans la gueule, hein, mais je sais pas, j'essaye comme ça. Je me dis bêtement que le monde est petit - même quand il y a foule aux Halles - et que je pourrais la recroiser un jour. J'ai déjà couché avec une fille, comme ça. On s'était croisés à une soirée par hasard dans un appart à Bordeaux où moi et mes potes nous étions plus ou moins incrustés, et trois ans plus tard je la recroise, dans mon salon. J'étais incapable de la remettre, tu penses, mais elle, elle m'a tout de suite reconnu. Passé minuit sans que je comprenne trop pourquoi, on a baisé totalement sauvagement, et le lendemain j'avais un poulpe accroché à mon cou, le bad total. Je l'ai revue, c'était moins sauvage, je pensais aux présidentielles américaines et depuis je ne l'ai plus croisée. Ma bite devait être assez claire.

Humeur: Soucieux

Ta race les caudillos

31 janvier 2008 18:11
 
 

Première journée de cours depuis un an. Rappel des faits :
2005, obtention d'un bac L à Toulouse,
2005-2006 validation d'un semestre d'Histoire à Bordeaux,
2006-2007, entrée en seconde année de force avec un semestre à rattraper, décrochage,
et 2007-2008, reprise des cours du second semestre de première année.

Donc, on récapitule, un an sans cours, et deux ans d'écart avec mon premier semestre. Autant vous dire que le choc est rude, d'autant que j'ai misé gros sur cette validation (disons-le, une tentative d'entrée en IEP, une déménagement à Paris, et toute mon estime personnelle).

Bref, première journée le coeur lourd, TD d'Histoire contemporaine sur l'Amérique Latine (les lecteurs avertis sauront que le sujet me tient particulièrement à coeur comme en témoigne mon 5/20 au bac LV2), avec un prof différent qui tient le même discours qu'il y a deux ans (blabla l'Amérique Latine démocratie curieuse, modèle, blabla social, blabla recette économiques, blabla métissage, blabla caudillos). Dans une classe morte, où tout le monde connaît tout le monde. Ça tombe bien, j'ai pas envie de me faire des amis. On reprend la même vingtaine de pays, le même siècle, et on recommence, il faudra tout savoir, tout synthétiser, du réseau de chemin de fer à la production minière en passant par les coups d'Etat, bref du bon gros par coeur indigeste mâtiné de "regardez, c'est une belle leçon pour l'Europe de demain". 2h30 de cours.

L'aprèm, Economie. Ou plutôt, Histoire de l'Economie. Dans la classe qui attend un prof en retard, un gros bouffon arriéré parle fort de sa voix fluette, déambule, marche sur les tables pour ouvrir les fenêtres, et s'arrange pour sortir ses petites vannes pas marrantes, une vraie tête à claque à qui je n'hésite pas une seule seconde à adresser un regard froid et méprisant qui crie "pauvre merde". C'est mon petit côté philanthropique. Le crétin assis, le prof entre, mystique, avec sa petite aura Dark-moche, ses cheveux longs et gras et son regard vers l'infini, des phrases sarcastiques avec un ton pince sans-rire, parfois pertinentes d'autres fois so franchouille, des remarques sur le libéralisme (que, je rappelle, il est de bon ton de vouloir accepter, mais régulé). Cool. Il nous parle de la vie pendant une heure avant de démarrer le cours à la vas-y Franky, c'est bon, de toutes façons vous aurez le cours magistral.


Bref en dehors de cette chronologie de la journée totalement inintéressante, domine le sentiment qu'il va falloir que je lutte et lutte encore pour tenter de réfréner mon dégoût abject de l'apprentissage en université. Assis sur cette chaise dans cette salle taguée de slogans anargauchistes, je ne peux m'empêcher de penser que je perds mon temps une année de plus (la troisième, je suis long à la détente), que de toutes façons à la fin, diplôme ou pas, je serai au chômage, et en plus j'aurais appris que de la merde, que ces cours m'empêchent de lire ce que je veux, voire de travailler et de gagner de l'argent. J'attends d'emmagasiner assez de dégoût, peut-être.

Humeur: Blasé